
Assez drôlement, le mot BAREBACK vient de l’anglais, monter à cheval sans selle, ou à cru. Chez les gays, cela signifie baiser sans capote.
Des expressions comme BBK, NoKpte, NOK, No Latex, No Condom, Raw, Plan Jus, Plan Foutre, sont autant de termes qui se rapportent au bareback.
En fait, son histoire est indissociable de celle des gays et du sida.
1970… La libération sexuelle
Dans les pays occidentaux, les gays vivent leur sexualité au grand jour. Le sida n’existe pas encore.
Baiser sans capote est alors un acte tout à fait ordinaire, et le préservatif est surtout synonyme de contraception et de protection contre les IST.
1981… Années noires du sida
Une nouvelle maladie apparaît : le sida. Un virus est responsable de la maladie, le VIH. Il se transmet par voie sexuelle et sanguine.
La maladie est mortelle. Elle fait des ravages. Les gays, mais aussi les usagers de drogues, les hémophiles et les populations africaines font partie des plus touchés.
Face au VIH, les gays poursuivent bien sûr leur sexualité mais en adoptant différentes stratégies de prévention (choix des partenaires, non pénétration, usage du préso ou relations sans préso avec des partenaires réguliers).
Premières pratiques bareback
Début des années 90. Certains gays n’utilisent pas, ou plus, le préservatif.
Les raisons du phénomène ? Multiples et confuses. Certains veulent en profiter avant de mourir. D’autres baisent sans capote par fatalisme. Mais aussi par choix.
Excédées par la norme axée sur une « sexualité sans risque », des personnes affirment le droit de baiser sans capote entre séropos. On les nomme, ou elles se revendiquent « barebackers ».
1996. Les trithérapies
Treize ans après la découverte du virus du sida, la recherche médicale met au point le premier traitement efficace. Ce traitement est lourd, mais il permet de stopper la progression du virus et d’augmenter nettement l’espérance de vie.
Dans les pays qui ont les moyens de financer ces traitements, les hospitalisations se raréfient et les malades retrouvent l’espoir.
Puis, durant les années 2000, de nouvelles molécules sont produites, qui permettent d’alléger les prises et de mieux maîtriser les effets secondaires.
Le VIH devient une pathologie chronique. Les séropositifs bien soignés ont une espérance de vie comparable aux séronégatifs.
Evolution de la prévention
Le fait que plus de personnes déclarent avoir des rapports sans préservatif a de multiples causes en particulier la lassitude chez les plus anciens, le fait qu’on en parle plus facilement, le désir des jeunes de connaître une sexualité « naturelle ». Avec la diffusion de traitements de plus en plus performants le VIH fait moins peur. La prévention commence timidement à prendre en compte cette réalité : les nouveaux messages ne mettent plus en balance la capote et la mort, mais plutôt la capote contre un traitement à vie. Mais en même temps la prévention en France, focalisée sur le message de la capote comme seul outil préventif, devient idéologique et décroche du vécu réel des gays.
Liberté sexuelle assumée
Contre-coup prévisible, la question du bareback arrive au pas de charge. Elle fait les choux gras des médias, suscitant une vaste polémique. Sur le banc des accusés, ses hérauts médiatiques (Dustan, Rémès).
Injustifié, car les chercheurs qui étudient le concept relèvent qu’il s’agit d’une réalité complexe regroupant des comportements disparates, qui ne sauraient être amalgamés.
Cependant, la stigmatisation des barebackers bat son plein. On les accuse d’être des criminels, des irresponsables. En fait la réalité est plus terne, le bareback est seulement pratiqué pour le plaisir, parfois au nom de la liberté. Mais il reste très loin de toute connotation morbide ou perverse. En tout cas, le mythe doit mourir, car il ne correspond pas à la réalité.
2009. Nouvelles avancées
Treize ans après l’arrivée des trithérapies, la plupart des médecins conviennent qu’elles sont un atout dans la prévention.
Un avis rendu en 2008 par plusieurs médecins suisses souligne que les personnes séropositives doivent savoir qu’elles ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle tant qu’elles suivent à la lettre et de manière conséquente, un traitement anti-VIH avec une charge virale indétectable, qu’elles sont régulièrement suivies par un médecin et qu’elles ne souffrent pas d’autres infections sexuellement transmissibles. Alors l’avis considère le risque de transmission comme négligeable.
En 2009, le conseil national du sida (CNS) a appuyé clairement cet avis tout en rappelant que le risque zéro n’existe pas. Si on est séropositif le risque le plus bas de transmettre le VIH correspond à l’association d’une thérapie anti-VIH efficace et du préservatif.
Un constat scientifique validé fin 2009 par le rapport Lert-Pialoux, répondant à une commande de la Direction Générale de la Santé. L’intérêt des traitements est reconnu dans l’approche de prévention. Les pratiques des gais sont prises en compte. C’est une révolution dans la politique de prévention qui n’est plus focalisée sur le seul préservatif et la volonté de changer les comportements des gais mais veut promouvoir une palette d’outils préventifs adaptés aux pratiques réelles. Le dépistage devient un enjeu majeur et l’approche globale de « santé gaie » commence à se diffuser.
Etre barebacker aujourd’hui
1981. Arrivée du sida. Près de trente ans après, un nombre grandissant de gays se revendiquent « barebackers ». Hasard ? Inconscience ? comme on l’entend souvent ?
Bien sûr, être séronégatif et baiser sans préso, c’est prendre le risque d’une séroconversion.
Mais être barebacker, c’est d’abord encourager le dialogue entre partenaires et mettre la connaissance du statut sérologique au centre des pratiques.
On leur colle une image suicidaire ou criminelle ? Les barebackers sont en réalité tout le contraire : ils assument une sexualité choisie, fondée sur la responsabilité partagée, et prennent soin de leur santé autant que de celle de leurs partenaires.